Extrait de la Gazette n° 62 - Juillet 2026 - Propos recueillis par Augustin BERGONZI
Qu'est-ce qui vous a conduit à d'abord choisir le droit public des affaires puis le droit de la fonction publique ?
J'ai débuté mes études de droit en 2001 à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne et j'ai choisi le parcours droit public dès la troisième année (Licence).
Deux séries de considérations distinctes mais complémentaires ont guidé mon choix vers le droit public.
D'une part, je me sentais plus à l'aise avec la logique du droit administratif et les problématiques inhérentes à cette matière (l'étendue des prérogatives de la puissance publique, l'asymétrie des relations entre l'administration et les usagers).
D'autre part et dans la perspective d'intégrer ultérieurement un Master 2 avec la sélection que cette formation implique, les matières de droit public étaient celles où je réussissais le mieux.
Après la licence de droit public, l'Université Paris I proposait plusieurs maîtrises (Master 1). Dans la mesure où je savais depuis le lycée que je voulais devenir avocat, j'ai choisi la maîtrise de droit public des affaires. Elle me semblait davantage répondre aux attentes d'une future vie professionnelle d'avocat.
Une fois la maîtrise de droit public des affaires obtenue, j'ai intégré le Master 2 professionnel de droit public des affaires de Paris I, qui était alors dirigé par Madame Christine Bréchon-Moulènes.
A l'issue de ce premier Master 2 et toujours dans la perspective de devenir avocat, j'ai complété et parfait ma formation en rejoignant le Master 2 professionnel contentieux public de Paris I, alors sous la direction de Madame Teitgen-Colly.
A la fin de mes études à Paris I j'ai immédiatement présenté l'examen d'accès à l'EFB que j'ai intégrée en 2008, en même temps que l'IDPA, dont Jean-Pierre Boivin était le directeur.
Être étudiant à l'IDPA en même temps qu'élève avocat m'a offert l'occasion d'effectuer mon projet pédagogique individuel au Conseil d'État, au bureau des référés, sous la présidence de Bernard Stirn.
Cette expérience de six mois a été très enrichissante : en tant que futur avocat, j'ai découvert la manière dont le juge administratif analyse les moyens et conclusions qui lui sont présentés, la façon dont les décisions de justice sont rédigées et rendues.
Ce stage m'a permis de comprendre ce que constitue, pour le juge, une argumentation bien construite et d'identifier les moyens juridiques susceptibles de retenir le mieux son attention dans le but d'emporter sa conviction.
Quel a été votre parcours après l'EFB ?
Après l'obtention du CAPA en 2009, j'ai prêté serment et débuté ma pratique professionnelle la même année en tant qu'avocat collaborateur libéral au Cabinet Boivin & Associés. Intégrer ce cabinet s'inscrivait dans la continuité de ma scolarité à l'IDPA et j'y ai pratiqué le droit de l'environnement industriel pendant deux ans et demi.
Dans le cadre de cette première collaboration, j'ai plus particulièrement travaillé avec Jean-Pierre Boivin, directeur de l'IDPA, et Steve Hercé (promotion IDPA 2001-2002).
La pertinence des méthodes d'analyse et de rédaction qu'ils m'ont apprises m'est encore très utile aujourd'hui, même dans des domaines paraissant éloignés du droit de l'environnement.
J'ai poursuivi ma carrière d'avocat collaborateur en rejoignant, en 2012, le cabinet Sartorio (devenu Sensei Avocats) auprès de Christophe Lonqueue (spécialiste en droit public, promotion IDPA 1998-99).
C'est là que j'ai découvert le droit de la fonction publique, en conseil et au contentieux, dans ses trois versants (Etat, territoriale et hospitalière) et que je me suis éloigné du droit public des affaires au sens strict.
Cette matière m'a tout de suite intéressé en raison des enjeux juridiques, humains et relationnels qu'elle comporte. Christophe Lonqueue m'a également transmis et partagé son expérience ainsi que son expertise dans ce domaine pendant 12 ans. J'utilise toujours les réflexes et techniques propres au droit de la fonction publique que j'ai acquis avec lui durant cette collaboration.
Je pratique ainsi le droit de la fonction publique au quotidien depuis 2012 et mon expérience m'a amené à solliciter le certificat de spécialisation en droit public (qualification spécifique droit de la fonction publique) en 2023, que le CNB m'a délivré cette même année.
Enfin et au mois de septembre 2024, j'ai quitté Sensei Avocats pour m'installer à mon compte en individuel.
Qu'est-ce qui vous a conduit à créer votre propre cabinet ?
M'installer à mon compte répondait d'abord à une envie personnelle : celle de créer une structure en mon nom propre, y apporter ma vision personnelle du métier, la faire vivre et connaître, décider personnellement de son orientation, travailler à ma manière et contribuer individuellement au droit de la fonction publique.
Cette envie m'est venue progressivement, grâce à d'autres facteurs qui m'ont donné la confiance nécessaire pour me lancer en 2024 : mes 15 années d'expérience dans la profession, l'obtention du certificat de spécialisation, le soutien moral de mes proches et les enseignements issus de ma vie personnelle.
Je me suis également inspiré de mes amis Consœurs et Confrères anciens collaborateurs qui avaient déjà créé leurs propres structures et qui réussissaient dans ce nouveau mode d'exercice. Leurs conseils et avis m'ont été précieux.
D'un point de vue pratique, les nouvelles technologies et la souplesse d'organisation qu'elles permettent rendent une installation à titre personnel plus aisée qu'il y a encore quelques années.
Après 15 ans d'exercice en tant qu'avocat collaborateur libéral, quels ont été selon vous les principaux défis — et les principales libertés — du modèle de cabinet solo dans cette matière très technique ?
Les différents défis liés à une installation personnelle ne sont que la contrepartie du caractère libre et indépendant de notre profession auquel je suis très attaché. Cette liberté et indépendance portent en elles les moyens nécessaires pour répondre sereinement à chacun des défis posés par une installation à son compte.
Selon moi, le premier défi d'une installation réside dans la trésorerie.
Sur ce point, la collaboration libérale offre une visibilité financière grâce à la rétrocession d'honoraires mensuelle.
En revanche, une fois installé à son compte, cette visibilité financière s'efface. Le caractère variable des honoraires, inhérent à l'installation, implique de préparer en amont son projet d'installation en termes budgétaires.
Le deuxième défi d'une installation à son compte consiste à se faire connaître en son nom personnel, sans bénéficier de la notoriété d'un cabinet qui dispose de plusieurs années de visibilité.
Pour faire face à ce défi, j'ai utilisé la liberté offerte par le RIN et le RIBP permettant aux avocats de communiquer sur leur activité, dans les limites déontologiques que ces textes prévoient. Dans ce contexte, un profil sur les réseaux sociaux ou un blog hébergé par le CNB peuvent être particulièrement utiles.
Le troisième défi d'une installation à son compte rejoint en partie le précédent. Il figure dans la construction et l'acquisition d'une légitimité propre, sans plus s'appuyer sur celle d'un cabinet préexistant ayant déjà acquis une forte notoriété.
Ce défi peut être relevé en utilisant la liberté d'organisation qu'offre un exercice individuel en développant d'autres formes d'activité que le conseil ou le contentieux. Par exemple, animer des formations, rédiger des articles ou participer à des colloques.
A mon estime, le dernier défi tient dans la modification de ses précédentes habitudes de travail : développer sa capacité à travailler seul, devenir le seul gérant de sa structure, adopter un nouvel état d'esprit tout en continuant à exercer le même cœur de métier.
Exercer seul en droit de la fonction publique suppose de se former et de s'adapter en permanence : comment organisez-vous concrètement cette mise à jour continue de vos connaissances ?
Pour maintenir à jour mes connaissances et ma pratique, j'ai joint l'utile à l'agréable en animant des formations en droit public pour le compte de différents organismes tels que l'EFB (au titre de la formation continue) ou Lefebvre Dalloz Compétences ainsi que l'ordre des avocats du Barreau de l'Essonne.
Ces formations me sont utiles à un double titre. D'une part et comme tout avocat, je suis tenu à une obligation de formation continue de 20 heures par année civile. D'autre part et en tant qu'avocat spécialiste, je dois suivre au moins 10 heures de formation par an dans mon domaine de spécialité.
Le RIN permet de satisfaire cette obligation par l'animation de formations, domaine que j'ai choisi de développer depuis mon installation. Préparer et animer une formation impliquent nécessairement de se tenir informé des dernières évolutions juridiques.
Animer des formations constitue en outre un plaisir. A mon avis, le droit ne se limite pas aux juridictions, aux cabinets d'avocats, aux services juridiques d'une administration ou d'une entreprise. Dans la mesure où le droit a vocation à tout régir, je considère qu'il est essentiel de pouvoir le diffuser, le rendre accessible et de contribuer à sa connaissance.
En outre, animer une formation, c'est également organiser des moments de discussion et de réflexion sur les pratiques professionnelles respectives, durant lesquels peuvent être abordées des difficultés pratiques ou conceptuelles. De ces échanges naissent des axes d'amélioration, aussi bien pour le formateur que les apprenants.
Et bien entendu, pour se tenir à jour, il me paraît indispensable de consulter fréquemment les informations juridiques et de rester curieux. Les revues périodiques, les lettres d'actualité publiées par plusieurs juridictions ou certains cabinets d'avocats sont une source d'information riche et fiable.
Le droit de la fonction publique est un droit très procédural impliquant une multitude d'acteurs et de comportements stratégiques (CIG, conseils de discipline, CSE, charge de la preuve particulière ...). Faut-il nécessairement faire état d'une expérience significative pour défendre au mieux les intérêts de son client ?
Lorsqu'un dossier de fonction publique se présente à un avocat débutant dans ce domaine, je pense que la première question à se poser est celle des obligations déontologiques de compétence et de prudence : si l'avocat accepte de traiter le dossier, c'est qu'il estime disposer des compétences nécessaires pour s'en charger.
A ce sujet, il faut prendre garde à ne pas envisager le droit de la fonction publique comme une matière unique ou répétitive. Les problématiques susceptibles de se poser sont très variées et dépendent de la fonction publique concernée (Etat, territoriale ou hospitalière), du statut de l'agent (contractuel ou fonctionnaire) et peuvent relever de domaines diversifiés (recrutement, cessation de fonctions, discipline, rémunération, santé, harcèlement, etc.).
La diversité et la technicité des sujets qu'implique le droit de la fonction publique créent un besoin de formations dans ce domaine et justifie que cette matière fasse l'objet d'une qualification spécifique de la part du CNB.
Si l'absence d'homogénéité du droit de la fonction publique peut constituer un frein pour se lancer dans ce domaine, ce droit me paraît néanmoins accessible aux avocats avec de bonnes bases en droit public, voire en droit du travail.
En effet, la jurisprudence, les revues, les bases de données, les formations et les ouvrages y sont nombreux, ce qui facilite l'accès à l'information lorsqu'on débute dans cette matière et peut contribuer à faciliter le traitement de ses premiers dossiers.
Si une Consœur ou un Confrère envisage de se lancer dans cette pratique, je lui recommanderais au préalable de se familiariser avec ce droit et de se construire des premiers réflexes avant de traiter un dossier.
Enfin, l'expérience et le caractère opérationnel des conseils, qui peuvent faire défaut au début, viendront avec la pratique, l'entretien des connaissances et l'intérêt pour la matière.
Quels types de dossiers ou de problématiques vous occupent aujourd'hui le plus, et lesquels vous paraissent les plus révélateurs des transformations actuelles de l'action publique ?
Les dossiers dans lesquels j'interviens le plus concernent le droit de la fonction publique.
J'y constate une augmentation du nombre de procédures contentieuses depuis que je pratique cette matière. Le contentieux de la fonction publique représente aujourd'hui le deuxième plus important volume de dossiers devant les juridictions administratives, après le droit des étrangers.
Dans ce contentieux, les procédures relatives à des agents contractuels de droit public me paraissent en hausse.
Cette augmentation est à mettre en lien avec les différentes réformes et assouplissements législatifs conduits depuis plusieurs années afin de faciliter le recrutement d'agents contractuels par les employeurs publics. Plus ces recrutements sont nombreux, plus la probabilité d'avoir à connaître d'un contentieux relatif à un agent contractuel augmente.
La part plus importante des procédures intéressant les agents contractuels illustre un autre phénomène, aussi bien juridique que sociologique, qui tient à la baisse des vocations et du nombre de fonctionnaires statutaires.
Enfin, exercer en droit de la fonction publique confirme que le droit n'est pas une matière hors sol, qui ne concernerait que les praticiens.
Bien au contraire, le droit de la fonction publique amène à être en prise directe avec les questions de société et d'actualité liées au monde du travail dans son ensemble. Le harcèlement, le bien-être au travail, la protection de la santé physique et mentale, la discipline, le télétravail, la déontologie des fonctionnaires sont autant de sujets que l'action administrative doit prendre en compte et dont les juridictions ont à connaître.
Dans votre parcours, y a-t-il eu un dossier, une décision ou une négociation qui a marqué un tournant dans votre manière d'exercer le métier d'avocat ?
Je me souviens très bien d'un Confrère représentant la partie adverse lors d'une réunion de négociations, dans un dossier particulièrement technique.
Il était venu sans notes et sans fonds de dossier car il n'en avait tout simplement pas besoin. Il maîtrisait tous les aspects dans les moindres détails, ses objectifs étaient clairs et il avait cette faculté de négocier en gardant le sourire, en dépit de l'importance des enjeux.
Cette façon de procéder m'a beaucoup inspiré par la suite : j'ai retenu de cette expérience qu'une argumentation et une défense de qualité ne dépendent pas nécessairement du nombre de pièces ou du volume du dossier. Défendre efficacement son client n'est pas non plus lié à une démarche agressive et peut s'effectuer en sobriété.
Enfin, cette expérience m'a fait remarquer que la compétence d'un avocat se ressent dès les premiers instants en vertu de différentes qualités qui s'ajoutent à la maîtrise juridique, telles que la posture, le choix des mots appropriés et adaptés, la capacité à retenir l'attention, à écouter avant de rebondir et donner l'envie de vous entendre ou de vous lire. L'avocat adverse peut ainsi être une source de stimulation et d'inspiration pour l'enrichissement de sa propre pratique.
Au regard de la spécificité de votre structure, pourriez-vous nous indiquer comment tisser une relation de confiance durable avec des clients publics ou privés dans ce secteur qui devient compétitif ?
A mon estime, une relation de confiance s'installe, se bâtit et se maintient en plusieurs étapes.
Il me paraît d'abord nécessaire d'inspirer confiance avant même qu'un client ne me contacte. A cette fin, détenir un certificat de spécialisation et communiquer dans mon domaine de compétences peut contribuer à se démarquer et à inspirer cette confiance susceptible de générer l'envie, pour un client, de me contacter.
Ensuite, le respect des principes essentiels de notre profession constitue pour moi la base indispensable de la construction d'une relation de confiance.
Dès les premiers échanges, j'applique la transparence, notamment dans les modalités de fixation et de paiement des honoraires. Un client souhaite savoir ce que lui coûteront les services d'un avocat et s'il n'aborde pas spontanément le sujet, je lui indique la manière dont les honoraires sont établis afin d'éviter tout malentendu ultérieur qui serait préjudiciable à la confiance.
Pour bâtir une relation de confiance, je considère également qu'un client me confie davantage qu'un dossier. Selon moi, le client me sollicite car une difficulté se pose à lui, un problème le préoccupe, il a besoin d'aide ou d'être accompagné dans des démarches juridiques. Être à son écoute et accueillir sa parole me semble ainsi une étape indispensable à la création du lien de confiance.
Le secret professionnel participe à la construction de ce lien et il me paraît important d'informer le client de l'existence de ce secret, qui constitue pour lui une protection et un droit. Savoir que les éléments qu'il me révèle sont couverts par le secret peut faciliter, en confiance, une parole libre.
Je m'attache également à comprendre le milieu professionnel dans lequel le client évolue et le contexte qui l'a conduit à avoir besoin d'un avocat. C'est sur la base de ces informations personnelles et factuelles que j'identifierai le cadre juridique adapté à la résolution du problème spécifique du client.
Après ce travail préalable, j'informe mon client des solutions envisageables, dans le respect du principe de loyauté : s'il s'avère qu'une piste est à exclure ou qu'elle présente peu de chances de succès, je préviens mon client.
La confiance se nourrit aussi de l'indépendance de l'avocat. Ainsi et lorsque la situation s'y prête, je porte à la connaissance du client les voies qu'il conviendrait de privilégier, même si ces voies ne correspondent pas nécessairement à ce que le client souhaitait ou envisageait au départ. Ces préconisations, formulées en toute indépendance et adaptées aux intérêts du client, soutiennent une relation de confiance.
Enfin, j'informe régulièrement le client des avancées dans les démarches accomplies et si nécessaire, j'organise avec lui des points d'étape. Suivre les dossiers et délivrer spontanément les informations s'inscrit dans une démarche active, de nature à faciliter le maintien de la confiance dans la durée.
Avez-vous recours aux labels ? Soumissionnez-vous à des distinctions ?
En 2023, j'ai obtenu le certificat de spécialisation en droit public, avec la qualification spécifique en droit de la fonction publique.
Ce certificat est délivré par le Conseil national des barreaux (CNB), institution qui représente l'ensemble des avocats de France. L'obtention du certificat de spécialisation est soumise à plusieurs conditions.
Il faut tout d'abord disposer au minimum de quatre années de pratique professionnelle dans le domaine pour lequel le certificat est demandé.
Il est ensuite nécessaire de constituer un dossier, qui comprend notamment un compte-rendu synthétique de sa pratique professionnelle des quatre dernières années en lien avec le domaine de spécialisation revendiqué.
Après examen de mon dossier par le CNB, j'ai passé un entretien de validation des compétences devant un jury composé de deux avocats, un magistrat administratif et un professeur des universités.
Les résultats que j'ai obtenus à l'issue de cet entretien m'ont permis d'obtenir le certificat de spécialisation en droit public avec la qualification spécifique en droit de la fonction publique.
Conformément au RIN, seule la détention de ce certificat de spécialisation délivré par le CNB permet de se présenter officiellement comme avocat spécialiste dans le domaine concerné.
Comme l'indique le CNB sur son site, l'obtention du certificat de spécialisation constitue la reconnaissance d'une compétence spécifique et une réelle valeur ajoutée dans un environnement concurrentiel. Il s'agit également d'un argument dans la justification des honoraires.
En dehors du CNB, certains organismes établissent des classements ou palmarès de cabinets d'avocats. A ce jour, je n'ai pas candidaté à ces référencements, mais les années de carrière que j'ai devant moi me donneront l'occasion de le faire.
Quels conseils donneriez-vous à un jeune diplômé de l'institut qui souhaiterait se lancer dans le droit public des affaires, voire créer un jour sa propre structure ?
En tant que diplômé de l'IDPA, une jeune Consœur ou un jeune Confrère dispose déjà d'une solide et forte compréhension du droit public dans son ensemble.
Les études et les diplômes obtenus marquent l'acquisition de connaissances mais ils matérialisent aussi des compétences qui seront utiles au-delà : la motivation, l'envie d'apprendre, la capacité à se faire comprendre et à répondre à des problématiques de façon pertinente.
Ces qualités ne se perdent pas avec l'entrée dans la vie professionnelle et je pense qu'il faut continuer à les entretenir et à les développer : si une matière autre que celles étudiées suscite une envie, je recommande de la découvrir.
Les acquis dans son domaine de prédilection ou d'origine pourront servir et permettre d'aborder un nouveau champ d'activité avec un regard neuf et enrichissant.
La fonction publique s'est ainsi enrichie d'autres domaines. Par exemple, le reclassement des agents publics devenus inaptes à l'exercice de leur emploi vient directement du droit du travail, transposé d'abord sous la forme d'un PGD par le Conseil d'État avant qu'il ne devienne une obligation réglementaire.
Plus récemment, le droit de se taire s'est imposé dans les procédures disciplinaires de la fonction publique, sous certaines conditions. La transposition de ce droit dans la fonction publique ne relevait pas de l'évidence. Elle a été rendue possible grâce à l'analogie menée par des avocats avec la procédure pénale, la DDHC et la CESDH qui ne paraissent pas constituer le terrain de prédilection de la fonction publique.
Rester curieux et attentif à ce qui se passe dans les autres matières forment ainsi deux atouts essentiels pour faire preuve de créativité, continuer à développer ses compétences et à encore mieux défendre les intérêts de ses clients.
Enfin, je recommanderais de demeurer à l'écoute de sa propre personne tout au long de sa carrière d'avocat afin d'identifier le mode d'exercice qui correspond le mieux.
Notre profession offre un large choix de modes d'exercice, que ce soit comme collaborateur, associé, ou bien entrepreneur individuel.
Parmi ces façons d'exercer, aucune ne me paraît meilleure qu'une autre par principe.
En revanche, certains modes d'exercice seront plus adaptés en fonction des envies et des vocations de chacun. A mon estime, la meilleure façon d'exercer est celle qui correspond le mieux à chaque personne, à ses aspirations, à une période donnée et au sens donné à la profession.
Selon moi, aligner son mode d'exercice avec ses attentes, ses compétences et ses valeurs est une source d'attractivité et d'épanouissement pour l'avocat, ce qui aura pour effet une efficacité accrue dans la défense des intérêts des clients.
Merci Maître pour votre temps et la qualité de cet entretien.
