Maître Chloé MIFSUD: de l'IDPA à la conférence des Hauts-de-Seine

Extrait de la Gazette n° 61 - Mars 2026 - Propos recueillis par Augustin BERGONZI


Pouvez-vous présenter votre parcours universitaire et professionnel ? 

Mon parcours universitaire a débuté à la faculté de droit d’Aix-en-Provence. J’y ai obtenu un Master 2 en Droit de l’Energie, après une licence orientée vers le droit public et un Diplôme Universitaire en Droit nucléaire international.

J’ai ensuite quitté le sud de la France pour Paris afin d’effectuer mon stage de Master 2 à l’IRSN (aujourd’hui ASNR, depuis la fusion avec l’ASN), puis intégré l’EFB et l’IDPA, en parallèle de stages en cabinets et chez EDF Power Solutions.

Je me suis inscrite au Barreau des Hauts-de-Seine en 2024, et j’exerce au cabinet CMS Francis Lefebvre Avocats à Neuilly-sur-Seine depuis cette date.


  1. Qu’est-ce qui vous a initialement attirée vers le droit de l’énergie ? 

J’ai découvert la matière un peu par hasard. A la fac, je m’intéressais beaucoup aux utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire. C’est grâce à un cours introductif de droit de l’énergie, dispensé pendant mon Master 1 en Droit international et européen, que mon intérêt s’est développé pour les utilisations civiles de cette énergie, et plus globalement pour le secteur de l’énergie.

Ce qui me plait dans le droit de l’énergie, c’est sa transversalité et la multiplicité des enjeux dans lesquels cette matière s’inscrit au-delà du juridique : industrie, économie, politique, etc. La pratique de cette matière au quotidien est intellectuellement stimulante, souvent challengeante car ce droit est en constante évolution. Aucun dossier ne ressemble à un autre.


  1. Votre passage par l’IDPA a-t-il été déterminant dans votre manière d’appréhender le droit public, et si oui, en quoi ?

Sans aucun doute. 

L’une des forces de l’IDPA est qu’il s’agit d’une formation dispensée par des praticiennes et praticiens du droit public des affaires. L’IDPA offre cette possibilité de s’exercer sur des cas concrets dans différentes matières (commande publique, urbanisme, contentieux administratif, etc). Le côté pratique de cette formation, en complément des stages, est un atout pour les élèves-avocat.e.s, qui sont préparé.e.s au mieux à la réalité des problématiques de leurs futur.e.s client.e.s. 

Publiciste de formation, le droit public ne m’a jamais quittée. Et aussi spécialisée que soit ma matière principale d’exercice, je reviens toujours aux fondamentaux du droit public.



  1. Dans votre pratique professionnelle actuelle, êtes-vous davantage orientée vers le conseil, le contentieux, ou une articulation des deux ?

Mon activité est principalement orientée vers le conseil. Aux côtés de mon équipe, j’accompagne une clientèle variée, principalement des industriels et des entreprises du tertiaire, dans leurs problématiques portant sur l’ensemble de la chaine de valeur énergétique : production, transport, distribution, fourniture et consommation. J’interviens notamment en matière de régulation de l’énergie, tant dans le secteur des énergies conventionnelles que renouvelables.

Quantitativement parlant, le contentieux représente une part moins importante de ma pratique. Néanmoins, en conseillant des opérateurs dans le développement et la mise en œuvre de leurs projets, il faut nécessairement anticiper les risques contentieux, qui doivent être pris en compte dans la définition de la stratégie du dossier.


  1. Vous avez été nommée Secrétaire de la Conférence du Barreau des Hauts-de-Seine, une institution qui valorise avant tout l’oralité et l’éloquence. Avez-vous perçu une forme de paradoxe entre cet exercice et votre pratique principalement écrite ?

J’ai en effet eu l’immense honneur d’être élue Secrétaire de la Conférence pour l’année 2025. Cette année a été marquée par de nombreux discours, notamment à l’occasion de la Rentrée solennelle où j’ai endossé le rôle d’Avocate générale accusant le chef Camdeborde d’atrocités en tout genre.

Avant de participer au concours de la Conférence, je pensais que cet exercice était réservé aux pénalistes - à tout le moins aux consœurs et confrères habitué.e.s. des prétoires. Ce n’est pas le cas, et par ailleurs, nombre d’anciennes et anciens Secrétaires du Barreau des Hauts-de-Seine exercent principalement en matière de conseil. Je ne peux donc qu’encourager les consœurs et confrères exerçant une activité de conseil à participer à cette incroyable expérience. 


  1. Quelles enseignements tirez-vous de votre expérience de la Conférence quant à votre exercice professionnel ?

Être avocat.e, pour moi, ce n’est pas uniquement pratiquer le droit, c’est aussi s’investir autrement. Et c’est là toute la richesse de cette profession. 

Je pense qu’on peut parfois se sentir éloigné.e des problématiques judiciaires du quotidien lorsqu’on exerce la quasi-totalité de son activité dans un bureau derrière un ordinateur. La Conférence a été l’occasion pour moi de rencontrer beaucoup de consœurs et confrères ayant une pratique très différente de la mienne, et d’échanger sur leur vision et leur exercice de la profession. 

Nous exerçons un très beau métier, et je pense qu’il est important de protéger et faire vivre la liberté de parole dont nous disposons, pour porter nos convictions à travers des discours qui font rire, qui émeuvent, et qui, surtout, font réfléchir.

  1. Enfin, comment voyez-vous la cohérence – ou la complémentarité – entre votre parcours en droit public, votre passage par l’IDPA, votre engagement au sein de la Conférence du Barreau et votre pratique ?

Honnêtement, je ne sais pas si tout cela présente une cohérence ! Je crois en tout cas qu’il y a eu un fil conducteur dans ce parcours : la curiosité. Et, au-delà de la curiosité, l’engagement.

En entrant à la fac, je n’aurais jamais pensé m’intéresser un jour au droit de l’énergie – matière dont j’ignorais l’existence jusqu’en Master 1. En rejoignant la profession en 2024, je ne savais pas que je deviendrais Secrétaire de la Conférence une année plus tard. 

Cette volonté de découvrir et vivre de nouvelles expériences a rendu mes années d’études, et rend aujourd’hui mon activité, encore plus enrichissantes. 


  1. Un dernier mot pour conclure ?

Plusieurs mots pour les élèves avocat.e.s. à défaut de pouvoir en dire un seul suffisant : osez, explorez de nouveaux horizons, cette profession a beaucoup à vous offrir et la réciproque est également vraie. Soyez fières et fiers de vous !

Et enfin : très belle année 2026 !